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Leur société
Grande distribution : les vautours jouent aux brebis
Plusieurs enseignes de la grande distribution se sont lancées dans une opération de communication lundi 22 juin, sur le thème : « nous défendons le pouvoir d’achat des Français ». Il fallait oser.
Les patrons de Carrefour, Leclerc, Auchan, Intermarché, Coopérative U, se sont fait complaisamment interviewer dans les médias. Des panneaux ont été affichés dans leurs magasins pour expliquer « la transparence des prix ». Ils se vantent en effet d’avoir fait baisser les prix de nombreux produits en négociant pied à pied avec les industriels de l’agroalimentaire. Selon ces Robins des bois modernes, un panier de douze produits serait vendu 50 euros, contre 70 s’ils avaient laissé faire les industriels : « Il y a, tout simplement, 20 euros qui restent dans la poche des Français », a déclaré en toute modestie le PdG de Carrefour, Alexandre Bompard.
À entendre ces défenseurs du peuple, on pourrait se demander d’où peuvent bien venir les milliards de profits de leurs groupes. En février 2026, Leclerc annonçait une hausse de plus de 2 % de son chiffre d’affaires, qui dépassait 50 milliards d’euros, un chiffre proche de celui de Carrefour. Récemment, ces groupes de la grande distribution se sont livrés à un Monopoly, rachetant les enseignes des uns et des autres, et licenciant au passage plusieurs centaines de travailleurs à chaque opération. Ainsi s’enrichissent les familles à la tête de ces empires, à l’image des Mulliez, propriétaires d’Auchan ou de Leclerc, père et fils.
Bien sûr, les industriels de l’agroalimentaire, comme Nestlé, Danone, Lactalis et autres Coca-Cola, ne sont pas en reste quand il s’agit d’acheter les produits agricoles à bas prix et de les revendre ensuite le plus haut possible. En fait, la guerre commerciale qui se joue entre la grande distribution et les industriels n’a pas pour objectif de « protéger le pouvoir d’achat » de la population, alors que les uns et les autres imposent des conditions de travail et des paies toujours plus basses à leurs propres salariés. La campagne actuelle cache une bataille enre les distributeurs et les industriels pour la répartition du profit tiré de l’exploitation des travailleurs.
Une réelle transparence sur les prix exigerait que les travailleurs de la grande distribution et de l’agroalimentaire puissent contrôler et rendre publics les comptes de ces entreprises. Non seulement la population, volée à la fois comme travailleuse et comme consommatrice, verrait alors l’ampleur du vol, mais elle pourrait y mettre bon ordre.