- Accueil
- Lutte ouvrière n°3021
- Union européenne : honteuse chasse aux migrants
Leur société
Union européenne : honteuse chasse aux migrants
Mercredi 17 juin, une majorité de députés au Parlement de Strasbourg a voté le règlement « Retour » qui prévoit l’ouverture de camps de rétention pour migrants expulsables de l’Union européenne, qu’ils soient sans papiers, condamnés pénalement ou déboutés du droit d’asile.
Ces camps, qui concernent potentiellement 400 000 personnes expulsables des pays de l’UE, seraient ouverts dans des pays tiers, le Rwanda, l’Ouganda et l’Ouzbékistan étant sur les rangs. Les migrants, y compris des familles entières, pourraient y être retenus jusqu’à 24, voire 30 mois. Le projet décalque celui imaginé en 2024 par le gouvernement italien pour des camps situés en Albanie et qui n’a, heureusement, jamais vraiment fonctionné. Son application est laissée à l’initiative des différents États et se heurtera, de toute façon, à toute une série d’obstacles tant juridiques que matériels et financiers. Mais là n’est pas la question, ce texte et son vote sont avant tout des gestes politiques. Il s’agit d’une affirmation s’adressant à la partie la plus réactionnaire de l’opinion, d’une intimidation et d’une menace envers des millions de travailleurs sans papiers, d’une volonté de créer la division dans la classe ouvrière en en dressant une partie contre l’autre.
Toute l’extrême droite et la droite européennes ont voté pour, les députés les plus racistes se levant et applaudissant le résultat aux cris de « Renvoyez- les ! ». Retailleau et son séide européen Bellamy, Le Pen, Bardella et Zemmour se sont réjouis de cette réouverture des camps par une Europe prétendument démocratique. Un tiers des membres du groupe auquel adhèrent les macronistes a voté pour, dont l’ex-ministre des Affaires européennes Nathalie Loiseau, ainsi que quelques députés socialistes et écologistes européens. Il y a eu 218 votes contre, la plupart venus des rangs de la gauche et des écologistes, plus quelques centristes et un député de droite, original ou distrait. Enfin, trente députés se sont abstenus.
Aussi honteux et sinistre qu’il soit, cet épisode politique a pris en France un tour cocasse. Le vote avait été précédé, le 12 juin, par l’entrée en vigueur du pacte sur la migration et l’asile, c’est-à-dire d’un durcissement des conditions d’accueil des migrants, voté en 2024. Benjamin Haddad, le ministre français des Affaires européennes, chaud partisan du pacte, a approuvé de fait le nouveau règlement « Retour » tout en regrettant qu’il soit passé grâce à une alliance droite-extrême droite. Macron, également partisan et même promoteur du pacte de 2024, a, quant à lui, émis une déclaration courroucée contre les camps de rétention.
Le prétendu « problème migratoire » est devenu une figure obligatoire du discours politicien, chacun proposant sa « solution », plus ou moins répressive et raciste suivant les électorats visés. Ces propositions vont donc, aujourd’hui, de quotas à établir suivant les nécessités de recrutement du grand patronat jusqu’aux camps de rétention, en attendant pire. Les travailleurs conscients, eux, doivent exiger la liberté complète de circulation et d’installation pour tous les migrants, d’où qu’ils viennent et quels que soient leurs papiers ou leur absence de papiers.