- Accueil
- Lutte ouvrière n°3006
- Des amitiés très intéressées
Article du journal
Des amitiés très intéressées
Les rapports entre la France et les États du Golfe vont bien au- delà de la simple nécessité de se fournir en pétrole et en gaz. Leurs échanges commerciaux dépassent les 20 milliards d’euros et concernent toutes les grandes entreprises du CAC 40 et une multitude d’autres.
Il y a évidemment les armes : les pays du Golfe ont acheté 171 des Rafale exportés par Dassault, Naval Group entretient et équipe une bonne partie de la flotte des amis locaux qui sont aussi clients pour des chars, des blindés, des radars, etc. Ce marché est estimé à 25 milliards d’euros, depuis 2020.
Il y a aussi la présence des entreprises françaises dans la construction, les services, la banque, les transports, le luxe, etc., et les investissements directs dans les deux sens. Le seul Qatar, le meilleur ami semble-t-il, a promis d’investir 30 milliards d’euros en France d’ici à la fin de la décennie. Accor, par exemple, est le premier groupe hôtelier du Golfe et on se souvient de la place prépondérante des groupes français du BTP dans la construction des stades de football pour la Coupe du monde.
L’inévitable CMA CGM a une concession pour trente-cinq ans dans le terminal portuaire d’Abou Dhabi et transporte bien d’autres choses que le pétrole et le gaz. Les métropoles nouvelles qui ont jailli de terre et leur population ont en effet besoin d’être ravitaillées. De plus, le Golfe est devenu depuis deux décennies une vaste concentration industrielle. Des sous-produits du raffinage, comme les engrais, y sont désormais fabriqués et des industries grosses consommatrices de courant électrique, comme la production d’aluminium et les aciéries, s’y sont développées.
Cette coopération économique est facilitée par une coopération dite culturelle, avec l’installation du Louvre et de la Sorbonne à Abou Dhabi, la scolarisation de milliers d’élèves dans les lycées français, les festivités diverses et les réceptions en grande pompe des chefs d’État dans leurs divers palais, à commencer par l’Élysée. On ne sait si le coup de pouce de la France, et nommément de Sarkozy, pour l’attribution de la Coupe du monde au Qatar et pour la valorisation du PSG fait partie de l’amitié culturelle ou de la pure et simple corruption.
Évidemment, pour sécuriser les investissements et fluidifier les ventes d’armes, il y a la coopération militaire, avec l’installation de plusieurs bases, la formation des militaires alliés sur place, l’instruction de cadets de marine ou de futurs aviateurs dans la patrie de Dassault. Pour sceller le tout, des accords de défense mutuelle ont été signés qui garantiront s’il le faut l’intervention de l’armée française aux côtés de ses alliés.
Ainsi, de jeunes soldats et marins sont envoyés là-bas et pourraient tuer ou être tués pour protéger les intérêts d’une mince coterie de capitalistes français et de leurs amis et alliés des dynasties pétrolières.
Pour finir, comme toujours et comme partout, ces milliards qui garnissent les palais princiers et les comptes en banque des bourgeois ne sont pas un cadeau de la nature, mais le produit du travail de millions de prolétaires dont l’écrasante majorité vient d’Asie, sont férocement exploités et n’ont d’autre droit que celui de se taire ! Voilà à quoi se réduit la défense du droit vue par Macron, ses généraux et ses commanditaires du CAC 40.