Argentine : des dizaines de milliers contre Milei08/04/20262026Journal/medias/journalnumero/images/2026/04/une_3010-c.jpg.445x577_q85_box-0%2C7%2C1262%2C1644_crop_detail.jpg

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Argentine

des dizaines de milliers contre Milei

Le 24 mars 2026, des dizaines de milliers de personnes ont manifesté dans toute l’Argentine lors de l’anniversaire du coup d’État militaire de 1976, qui avait porté au pouvoir une junte conduite par le général Videla.

La dictature allait assassiner durant sept années quelque 30 000 opposants, militants péronistes ou d’extrême gauche, dont un tiers parmi les ouvriers d’usine qui, depuis 1969, avaient affiché une grande combativité.

Si nombre de personnes sont descendues dans la rue ce jour-là, c’est aussi parce que, depuis son arrivée à la tête du pays, le président d’extrême droite Javier Milei et sa vice- présidente, Victoria Villarruel, n’ont cessé, en même temps que leurs attaques contre les classes populaires, de tout mettre en œuvre pour réhabiliter la dictature militaire qui s’est exercée de 1976 à 1983. La population en reste fortement marquée et, majoritairement, elle n’entend ni pardonner ni oublier.

Déjà, le 24 mars 2024, Milei avait fait circuler une vidéo qui niait les 30 000 « disparus » de la dictature de Videla, qui avait inventé ce terme pour masquer les crimes de ses séides. Elle niait aussi le vol de quelque 500 bébés. Mis au monde par des militantes assassinées après leur accouchement, ceux-ci avaient été répartis ensuite entre policiers, militaires et grands bourgeois.

La vice-présidente qui, à l’évidence, aime les militaires, a fait l’éloge des « soldats oubliés », c’est-à-dire les nervis de la police ou de l’armée qui ont assassiné à tout va pendant toute la dictature. En contrepoint, le président a fait l’éloge des lois d’indulgence qui avaient protégé les militaires des poursuites, avant que la pression populaire ne finisse par imposer que les crimes de la dictature soient jugés et que les lieux de torture deviennent des lieux de mémoire. Milei voudrait revenir en arrière sur tout cela, et les centres de mémoire ont connu des licenciements massifs.

Six députés de la clique parlementaire de Milei ont visité avec courtoisie Alfredo Astiz, militaire condamné par la justice et surnommé « l’ange de la mort » parce qu’il avait infiltré le premier mouvement des Mères de la Place de Mai, ces mères de militants assassinés par la dictature, et envoyé à la mort ses premières dirigeantes. Ces députés ont aussi remis au goût du jour le langage de la junte, qui entendait exterminer la « subversion marxiste ».

Des fonctionnaires du ministère de la Défense se sont complaisamment réunis avec des tortionnaires condamnés. D’autres du même acabit déclarent que les années 1970 ont été une guerre sur laquelle il faut poser le manteau de l’oubli. Une ex-ministre de Milei, Patricia Bullrich, a baptisé une école de police du nom d’Alberto Villar, le créateur de la Triple A, un groupe d’extrême droite péroniste qui, de 1973 à 1976, assassina près de 2 000 militants. Et que dire du choix de Milei qui, en novembre, a nommé un général ministre de la Défense, ce qui ne s’était pas vu depuis la fin de la dictature.

Il reste que, selon un récent sondage, 71 % des Argentins ont une vision négative de la dictature, que 63 % estiment que rien ne justifiait le coup d’État de 1976 et que 70 % soutiennent les poursuites et jugements des crimes commis par les militaires. Ils ne sont en revanche que 7 % à trouver une quelconque valeur au régime du général Videla. Et les manifestants du 24 mars ont montré que le souvenir est là.

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