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- Lutte ouvrière n°2997
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Leur société
Crise agricole
concurrence et loi de la jungle
Les agriculteurs ont repris leur mobilisation et leurs barrages. Une manifestation était prévue à Paris le 8 janvier, pour protester à la fois contre la gestion de la crise sanitaire due à la dermatose nodulaire bovine (DNC) et contre la prochaine signature du Mercosur par l’Union européenne.

En décembre, la Coordination rurale et la Confédération paysanne étaient les principales organisatrices de la mobilisation des éleveurs contre l’abattage de leur troupeau dès lors qu’un bovin est infecté par la DNC. Elles réclament toujours une modification du protocole gouvernemental et une vaccination plus systématique, ce que refuse la FNSEA, syndicat contrôlé par les plus gros agriculteurs voire par des capitalistes de l’agriculture à l’image de son président, Arnaud Rousseau. En effet, une vaccination systématique rendrait plus difficile l’exportation de bovins ou de leur viande sur le marché international et pourrait faire baisser les prix de vente.
En cette rentrée de janvier, la FNSEA mobilise davantage ses troupes mais dénonce surtout la mise en œuvre du traité de libre-échange avec les pays du Mercosur et la concurrence qui pourrait en découler pour les producteurs de viande bovine, de volaille, de sucre ou d’huile. Cette mobilisation est révélatrice des contradictions qui taraudent le monde agricole, soumis au marché capitaliste international, mais aussi des relations entre l’État, les différents syndicats agricoles et le puissant secteur de l’agro-industrie.
Face à la contestation des agriculteurs, qui trouvent des relais bienveillants parmi les médias et les élus de tous bords bien plus facilement que des ouvriers en lutte pour leurs salaires, le gouvernement prend beaucoup de pincettes. Sébastien Lecornu a reçu plusieurs fois les responsables syndicaux. Dans un geste dérisoire, il a annoncé la suspension de l’importation de denrées alimentaires en provenance d’Amérique du Sud et contenant des traces d’herbicides interdits en Europe. Concernant la DNC, il a cherché à satisfaire la Coordination rurale, un syndicat en plein essor qui affiche de la sympathie pour le RN, sans déplaire à la puissante FNSEA, et la ministre de l’Agriculture a accéléré et un peu étendu la vaccination.
Malgré ses contorsions, le gouvernement est incapable de protéger les agriculteurs les plus fragiles de la menace la plus dangereuse : les lois de la jungle d’une économie capitaliste dans laquelle les plus gros mangent les petits. Si chaque année certains agriculteurs sont poussés à la faillite, et parfois au suicide parce qu’ils n’arrivent plus à rembourser leurs emprunts, ce n’est pas à cause du Mercosur ou de l’Union européenne. Ceux qui imposent leurs diktats, qui fixent les prix du lait ou de la viande, s’appellent Lactalis, Bigard ou Leclerc. Ce sont des capitalistes bien français et ils sont les principaux bénéficiaires de la mondialisation dont ils contribuent à fixer les règles.
La faute n’est pas non plus à la population, régulièrement accusée de ne pas consommer assez de produits locaux. Si les classes populaires se privent de bons restaurants, de fromages de prix ou de côte de bœuf charolais, voire sautent certains repas, ce n’est pas par choix, mais parce que les richesses que produisent les travailleurs enrichissent surtout les capitalistes.
Les agriculteurs, commerçants, artisans et autres fractions de la petite bourgeoisie n’échappent pas davantage que les travailleurs aux griffes du capital. Mais plutôt que de le dénoncer, les démagogues syndicaux ou politiques préfèrent accuser l’étranger de tous les maux.