- Accueil
- Lutte ouvrière n°3010
- Détroit d’Ormuz : des milliers de marins en danger
Article du journal
Détroit d’Ormuz
des milliers de marins en danger
En évoquant les risques entraînés par le blocage du détroit d’Ormuz, les États, les gouvernements et la grande presse ne se sont guère étendus sur le sort des 20 000 marins concernés. Ils étaient bloqués en pleine mer, sans possibilité d’aller à terre ou d’être ravitaillés.
Certes le porte-parole des armateurs français a assuré que seuls les volontaires restaient à bord, avec une prime de risque, et que les autres étaient rapatriés. La CGT des officiers, de même qu’un syndicat de marins grec, ont exigé le rapatriement sans condition des équipages. Le syndicat international des ouvriers du transport (ITF) a été reçu par l’organisme patronal correspondant et a obtenu l’assurance de la bonne volonté des armateurs…
Il n’empêche que huit marins sont morts à la suite de six attaques de navires dans le détroit et qu’on n’a constaté nulle part de rapatriement des équipages. De plus, l’ITF a fini par publier le 28 mars plus d’un millier de courriers émanant des marins bloqués. Ils réclament des vivres, de l’eau, des médicaments, des rapatriements. Ceux qui sont d’accord pour rester à bord afin d’assurer la maintenance exigent le doublement de leur salaire, comme le prévoit la convention en vigueur signée par l’ITF et les armateurs.
On voit donc que cette convention, fort peu protectrice mais qui comprend en effet le rapatriement obligatoire aux frais de l’armateur lorsque le navire est en zone de guerre et le doublement du salaire de l’équipage de maintenance, n’est pas appliquée. Pire encore, la convention ne concerne que 10 000 à 15 000 navires sur les 60 000 immatriculés qui naviguent et 250 000 marins sur le million et demi qui sont embarqués, soit autant de familles et de villages qui dépendent de leurs salaires, aux Philippines, en Inde, en Indonésie ou ailleurs. Quelle est donc la situation réelle des 20 000 marins bloqués, combien dépendent d’armateurs sans foi ni loi, combien sont ravitaillés, combien sont malades ? On doute que les armateurs, qui ne se donnent pas la peine de faire parvenir de la nourriture et des médicaments à leurs équipages, fassent de gros efforts pour les rapatrier et leur payer leur dû.
Des milliers de marins sont donc abandonnés comme ils l’avaient été, en plus grand nombre encore, lors de l’épidémie de Covid. La valeur de la cargaison d’un de ces navires- prison bloqués dans le détroit d’Ormuz, voire celle d’un seul missile qui passe au-dessus, suffirait à payer le rapatriement et les arriérés de salaire de tout l’équipage.