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Leur société
Inondations
dégâts des eaux… et d’une politique
En visite à Cadillac, en Gironde, le 16 février, la ministre Monique Barbut chargée de la Transition écologique, de la Biodiversité et des Négociations internationales sur le climat et la nature, a rendu les collectivités locales responsables des conséquences de la crue dans le Sud-Ouest.

Il y a là de quoi soulever la colère de bien des habitants des communes du Lot-et-Garonne et de la Gironde sous les eaux. Car c’est bien l’État qui, pour faire des économies, s’est défaussé en 2018 sur les communautés de communes pour l’entretien des digues. L’État économisait ainsi des centaines de millions d’euros, charge aux communes de faire payer leurs habitants en les autorisant à prélever une nouvelle taxe, la taxe Gemapi, de plus de 40 euros par personne et par an. C’est cette ressource que, selon la ministre, les collectivités n’utiliseraient pas « au maximum ».
En réalité, ce système qui laisse l’entretien des digues à la charge des communes est une catastrophe, d’abord parce que seules les communes les plus riches peuvent réellement faire quelque chose. Le coût de l’entretien et de la rénovation des digues, confiés à des entreprises privées via les marchés publics, s’est ainsi envolé. Bordeaux Métropole vient de dépenser 4,5 millions d’euros pour 400 mètres de digues en bordure de la commune de Bègles, 2,8 millions pour conforter en urgence 200 mètres de digue à Floirac. Les travaux prévus pour les années qui viennent engloutiront près de 80 millions d’euros pour 35 km de digues au nord et au sud de l’agglomération.
Si Bordeaux Métropole, regroupant 850 000 habitants, a les moyens de faire de telles dépenses, ce n’est pas le cas de nombreuses communes rurales. Ainsi à Cadillac, la rénovation de 5 km de digues coûterait 5 millions d’euros à ses 31 000 habitants. Cela ne passe pas… et Cadillac est sous les eaux. L’entretien des digues est en effet crucial. Entre Port-Sainte- Marie et Aiguillon près de Marmande, il a suffi d’un trou de taupe pour que l’eau s’engouffre et finisse par faire céder la digue, inondant 300 hectares de culture.
Faute de moyens, des élus ont renoncé à tout entretien. Ainsi, ceux du Grand Cubzaguais au nord de Bordeaux ont décidé en juin 2023 de ne pas reconnaître juridiquement les digues sur leur territoire, estimant que le coût du système, 23 millions d’euros d’investissement pour 24 kilomètres de digues et 300 000 euros annuels de gestion et d’entretien, était trop important pour leur budget. L’eau ne s’arrêtant pas aux frontières intercommunales, de telles décisions ne touchent pas seulement les communes qui les prennent mais toutes celles aux alentours, montrant l’aberration de ce système décentralisé.
Les conséquences des inondations sont terribles pour beaucoup d’agriculteurs, d’artisans et de petits commerçants, comme le relaye la presse nationale. Mais elles le sont aussi pour bien des familles populaires. Dans le Lot-et- Garonne, en début de semaine du 16 février, 1 600 personnes n’avaient toujours pas pu regagner leur domicile, et étaient accueillies dans des centres d’urgence. Bien des familles protègent leur logement comme elles le peuvent et déménagent provisoirement, en attendant que cela passe.
La visite de Monique Barbut n’a duré que quelques heures. Les inondations durent des jours, et les conséquences des économies sur l’entretien des digues vont durer pendant des années. Les budgets des communes étant de plus en plus contraints, ce système, financé à l’économie, annonce de nouvelles catastrophes.