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Dans le monde
Iran
le massacre n’a pas fait taire la contestation
En ayant fait des dizaines de milliers de morts, et alors que les arrestations et les exécutions s’accélèrent, les dirigeants iraniens n’ont pas éteint la révolte. Pour tenter de se maintenir coûte que coûte au pouvoir, ils soufflent le chaud et le froid.
D’un côté, les arrestations, la torture et les pendaisons après des procès expéditifs prennent un rythme rarement atteint. De l’autre, le gouvernement annonce, par exemple, que les femmes sont désormais autorisées à conduire des deux roues, ce qu’elles étaient déjà nombreuses à faire bien que la loi le leur interdisait.
Le 47e anniversaire de la République islamique, le 11 février, devait être une démonstration de force du régime. Mais on a pu voir des femmes non voilées participer à l’événement, tandis que des avocats révélaient que des familles de détenus ont été fortement incitées à y assister en échange d’une libération potentielle. Une autre péripétie a un peu gâché la fête : un présentateur de la télévision officielle a fait un lapsus en commentant les slogans criés à la gloire du régime. Il a dit « Mort à Khamenei ! » (nom du « guide suprême ») au lieu du traditionnel « mort à l’Amérique ! », ce qui a conduit au licenciement du directeur de la chaîne !
Depuis que les milices ont massacré des milliers de manifestants, des rassemblements et des manifestations se poursuivent : pour obtenir l’accès au corps d’un proche sans avoir à payer ni à prétendre qu’il appartenait aux forces de répression, pour la libération de prisonniers ou contre des condamnations à mort. Ces rassemblements, qui témoignent de la solidarité d’une large partie de la population, se tiennent par exemple à l’initiative d’étudiants ou de soignants qui réclament des nouvelles de leurs collègues arrêtés car le régime leur reproche d’avoir soigné les blessés en dissimulant leurs noms.
Les rassemblements traditionnels marquant les 40 jours qui suivent le décès des manifestants tombés autour du 8 janvier ont eu lieu dans la la semaine du 16 février. Sur les tombes ou autour de portraits, ils ont été une nouvelle occasion de défier le régime, avec des danses, interdites, ou des slogans…. À Abdanan, dans l’ouest du pays, où la population avait pendant quelques jours de janvier chassé les forces de répression, la commémoration est devenue une manifestation scandant « Mort à Khamenei », qui a essuyé des fusillades.
Des mouvements ont repris dans l’Éducation, où les places des enseignants et des écoliers tués ou arrêtés sont vides. Il y a de nouveau des grèves pour les salaires car « trop c’est trop, notre table est vide », scandent des ouvriers. Ainsi dans une mine de charbon de la province de Kerman, les intimidations, via des amendes et des convocations au tribunal, ne semblent pas décourager les grévistes. À Ahvaz, la dernière grève s’est soldée par une victoire sur les salaires, tandis que sur le complexe pétrolier de South Pars, la grève interrompue début janvier a repris de plus belle, malgré l’arrestation de plusieurs porte- parole.
La terrible saignée perpétrée par le régime ne suffit visiblement pas à faire taire les travailleurs, ni tous ceux qui refusent de se résigner. C’est un gage d’espoir.