Liban : la population sous les bombes12/03/20262026Journal/medias/journalarticle/images/2026/03/P10-1_Bombardement_de_Beyrouth_le_10_mars_C_Ibrahim_Amro_AFP.jpg.420x236_q85_box-0%2C42%2C800%2C492_crop_detail.jpg

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Liban

la population sous les bombes

Le 1er mars, les trois tirs de roquettes et les quatre missiles, lancés par des combattants du Hezbollah sur Israël après la mort du guide suprême iranien Ali Khamenei, ont été le prétexte saisi par Netanyahou pour bombarder sans relâche le Liban.

Illustration - la population sous les bombes

Le Sud-Liban, la vallée de la Bekaa, ainsi que le sud de Beyrouth, zone d’implantation du Hezbollah et de la population chiite, ont été particulièrement touchés. Netanyahou, soutenu par les puissances impérialistes, justifie l’ampleur de ses attaques en présentant le Hezbollah comme une menace existentielle. Les tirs de roquettes ont servi à justifier l’enfer qu’Israël impose aux Libanais. Ainsi, Jean- Noël Barrot, ministre des Affaires étrangères, interviewé sur France Inter a refusé de répondre à trois reprises à la question suivante : « La France juge-t-elle disproportionnées les frappes israéliennes au Liban ? »

Proportionnés, les 500 morts et plus de mille blessés au Liban alors que les tirs du Hezbollah ont été sans conséquence pour la population israélienne ? Proportionnés, les 41 morts et 48 blessés (dont 9 enfants) de l’opération commando dans le village de Nabi Shit, pour tenter de récupérer la dépouille d’un soldat israélien disparu il y a quarante ans ? Pour le gouvernement français, la réponse est oui. Pour lui, obliger 700 000 Libanais à fuir leur maison en moins de deux heures ne serait donc que de la légitime défense.

Après la guerre de 2024 qui a décapité le Hezbollah et anéanti une grande partie de son armement, Israël n’a jamais respecté le cessez-le-feu signé sous l’égide des États-Unis et de la France. Au nom de la sécurité de ses frontières, le gouvernement de Netanyahou a maintenu ses troupes au Sud-Liban, interdisant à des dizaines de milliers d’habitants de rentrer chez eux. Et les tirs israéliens sur cette zone n’ont jamais cessé.

Les responsables du Hezbollah qui ont décidé des tirs du 1er mars n’ignoraient certainement pas les conséquences pour une population épuisée par la guerre de 2024, ses milliers de morts et l’exode forcé d’un million de personnes. Bien des Libanais en veulent au Hezbollah d’avoir offert à Israël un prétexte pour les entraîner dans une nouvelle guerre. Mais, avec ou sans prétexte, elle est la continuation d’hostilités qui n’ont jamais cessé.

Aujourd’hui, la population des zones à majorité chiite se retrouve acculée ne sachant où fuir. Dans les régions chrétiennes ou sunnites où elle tente de trouver refuge, les habitants la voient arriver avec crainte, ayant peur d’être à leur tour visés. Israël n’a d’ailleurs pas hésité à bombarder un hôtel chic situé en plein cœur de Beyrouth, au prétexte d’atteindre un chef du renseignement iranien. Aussi, certains villages ont-ils mis en place des dispositifs pour empêcher d’éventuels déplacés chiites d’entrer. La stratégie israélienne entretient la crainte et la suspicion en même temps qu’elle veut attiser les clivages communautaires. Cette situation peut servir à isoler le Hezbollah, mais aussi à justifier l’intervention israélienne.

Après avoir écrasé Gaza, colonisé la Cisjordanie, œuvré à la chute du régime de Bachar el-Assad, neutralisé la Syrie, décapité l’état- major du Hezbollah et anéanti son arsenal militaire, Netanyahou promet aux villes du Liban le même sort qu’à Gaza. Il prétend éradiquer définitivement le Hezbollah, qu’il présente comme une créature de l’Iran. C’est oublier que ce mouvement a pris racine en réaction à l’intervention et à l’occupation israélienne du Liban en 1982 et à l’incapacité de l’État libanais d’en protéger sa population.

Aujourd’hui, grâce au soutien des États-Unis, Israël s’affirme comme la première puissance militaire au Moyen-Orient, en éliminant ou affaiblissant tous ses rivaux. Mais sa domination ne fera qu’aiguiser au sein des populations les sentiments de révolte et d’injustice qui, d’une façon ou d’une autre, se retourneront contre Israël et prépareront d’autres guerres.

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