les profiteurs de guerre : TotalEnergies08/04/20262026Journal/medias/journalarticle/images/2026/04/P5-3_Total_braquant_automobiliste_OK_LUPO.jpg.420x236_q85_box-6%2C0%2C1071%2C599_crop_detail.jpg

Dans les entreprises

les profiteurs de guerre

TotalEnergies

En pariant sur la fermeture du détroit d’Ormuz, la division « trading » (spéculation) de TotalEnergies a réalisé un profit de guerre exceptionnel d’environ un milliard de dollars en quelques semaines.

Illustration - TotalEnergies

Dès les premiers jours des bombardements américains et israéliens, cette filiale du groupe pétrolier basée à Genève appelée ­Totsa, a acheté la majeure partie des cargaisons de pétrole brut du Moyen-Orient qui devaient être livrées en mai. Ses traders anticipaient la flambée à venir des cours boursiers, qui s’est produite ensuite, lorsque le détroit d’Ormuz a été bloqué. Totsa a alors revendu au prix fort ce pétrole indispensable à l’économie de plusieurs pays d’Asie.

C’est par déduction que la presse économique a compris la manoeuvre et pu la rendre publique : le trust lui-même n’a rien divulgué. Telle est une des conséquences du secret commercial. Dans le monde capitaliste, des ressources essentielles pour les populations du monde, telles que le pétrole pour l’énergie ou le blé pour l’alimentation, deviennent des produits boursiers qui s’achètent et se vendent sur des places financières, à des milliers de kilomètres de leur lieu de production ou d’utilisation. Ces ressources sont alors soumises aux aléas de la spéculation dans l’opacité la plus totale.

Toujours d’après la presse économique, cette opération aurait été facilitée par l’implantation de TotalEnergies au Moyen-Orient. Cette entreprise, fleuron de l’impérialisme français, y réaliserait environ un tiers de sa production mondiale d’hydrocarbures et bénéficie de nombreuses relations avec les dirigeants locaux. Au Qatar, elle est même le premier partenaire étranger de la compagnie nationale, qui exploite le gisement gazier North Dome-South Pars, le plus grand du monde.

Cette implantation remonte aux lendemains de la Première Guerre mondiale, lorsque le dépeçage de l’ancien empire ottoman permit aux capitalistes anglais et français de mettre la main sur de nombreux gisements, en Irak et dans le Golfe. La Compagnie française des pétroles, (CFP), l’un des deux ancêtres de TotalEnergies, s’installa au Qatar en 1935 et à Abou Dhabi en 1939.

En matière de profits de guerre, TotalEnergies n’en est pas à son coup d’essai. L’entreprise a réalisé le bénéfice le plus élevé de son histoire en 2023, avec 21 milliards d’euros. Ce record était largement la conséquence de la flambée du cours du pétrole ayant suivi la guerre en Ukraine. S’enrichir sur le sang et la mort des populations en guerre, ainsi que sur le racket de celles qui ne sont pas en guerre mais ont besoin d’énergie au quotidien, est d’ailleurs le fonds de commerce de tous les trusts pétroliers.

La réquisition immédiate de ces profits de guerre et l’expropriation de ces trusts ne seraient que justice.

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