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Dans le monde
Ukraine
l’Europe investit dans la guerre
Fin février, le président ukrainien a demandé à ses soutiens européens du « club des Volontaires » de lui octroyer une aide substantielle pour embaucher des combattants rémunérés, car l’armée ukrainienne manque d’hommes.
Zelensky explique que ceux d’en face, les Russes, en ont les moyens financiers, mais pas Kiev. Cette argumentation « technique » cache en réalité un problème politique. Depuis des mois, par un phénomène n’ayant aucun caractère organisé, de plus en plus d’hommes en âge d’être mobilisés tentent par tous les moyens d’y échapper. Certains passent à l’étranger, et il faut rappeler que, sur les quelque cinq millions d’Ukrainiens résidant hors du pays, une bonne partie sont des hommes et souvent de jeunes hommes. D’autres achètent, quand ils en ont les moyens, des certificats de complaisance les exonérant du service armé. Ainsi, un gros scandale de corruption de responsables des CTR, les centres de recrutement, a éclaté à Odessa fin février. Cela fait partie d’une routine, que même des ministres reconnaissent à demi-mot. Et puis, des centaines de milliers d’incorporables ne se font pas connaître : ils se cachent plus ou moins, et lorsque des gens des CTR en attrapent un en ville, cela peut donner lieu à une échauffourée, des passants prenant à partie les sergents recruteurs. Au point que Zelensky a officiellement demandé à son ministre de la Défense de faire cesser ces pratiques d’enrôlement musclé. Mais il n’est pas dit que cette démagogie lui rapporte grand-chose : un tout récent sondage Ipsos donne Zelensky très mal placé parmi cinq ou six candidats probables à la future élection présidentielle…
Recruter des mercenaires, dernière trouvaille de Zelensky, a donc autant pour but de combler les trous dans les rangs de son armée que d’envoyer un signe d’apaisement à une population qui n’en peut plus de la conscription, sinon de la guerre. Il est vrai qu’il est désormais reconnu officiellement que l’armée ukrainienne fait aussi appel, comme celle de Poutine, à des militaires étrangers, qui se cachent de moins en moins.
Il est difficile de savoir si les 90 milliards que l’Union européenne (UE) vient d’accorder à l’Ukraine serviront, même partiellement, à un tel recrutement. Mais cela est probable, car l’Europe a beau se flatter d’avoir remplacé l’Amérique de Trump comme premier contributeur d’aide militaire à l’Ukraine, fournir des armes ne suffit pas : encore faut-il avoir des hommes pour les tenir, pour guider les drones, pour actionner les canons, etc.
Malgré ce que lui reprochent les souverainistes de tout poil, l’UE peine à adopter une politique commune dans le domaine de l’aide militaire à l’Ukraine, comme dans tous ceux où la concurrence fait rage.
L’Allemagne et la Grande-Bretagne versent ainsi des dons, généralement destinés à des achats aux usines d’armement du pays donateur, cinq à six fois plus élevés que la France. Et la prétention de Macron à être le chef de guerre naturel, puissance nucléaire oblige, de l’Europe n’y change rien. Il faut croire que les matériels d’outre-Rhin, et la réputation technologique allemande, ainsi que la puissance industrielle, donc les capacités de production de Berlin, font plus que les coups de menton de Macron. Les fonds que Berlin a dégagés pour se doter de l’armée la plus puissante du continent dépassent de loin le budget militaire français, pourtant lui aussi en forte hausse. Et cela se voit : Rheinmetall, un géant allemand de l’armement, a vu sa valeur en Bourse multipliée par… 16 depuis le début de la guerre en Ukraine. Et, le 28 février, lorsque débutaient les bombardements en Iran, si les valeurs boursières ont partout été chahutées, deux secteurs ont, eux, profité largement de la situation.
C’est le cas des valeurs énergétiques, car les spéculateurs s’attendent à une flambée des prix du pétrole, si le Moyen-Orient s’embrase, et des actions des sociétés d’armement. Ainsi, sur un fond général de baisse du cours des actions, celles de Rheinmetall, Thales, Dassault notamment ont grimpé de 4 %, alors qu’elles avaient déjà fini 2025 au plus haut.
Que la guerre est belle pour les profits capitalistes ! Et combien les crédits de guerre pour aider la « petite Ukraine si courageuse » aident les capitalistes de l’armement, qui ont besoin que sa population continue d’aller au massacre pour des intérêts qui ne sont pas les siens.