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Municipales 2026
Rémy Bazzali, tête de liste de LO à Marseille : « Les travailleurs font tout fonctionner dans la société »

Le Matin d’Alger (Entretien réalisé par Djamal Guettala, extraits)
Rémy Bazzali, tête de liste de LO à Marseille : « Les travailleurs font tout fonctionner dans la société »
Dans une ville saturée de discours sécuritaires, de promesses managériales et de communication institutionnelle, la candidature de Rémy Bazzali, tête de liste de Lutte ouvrière (LO) à Marseille, se distingue par sa radicalité.
[...] Pour lui, la force collective des travailleurs est le levier essentiel pour réorganiser la société et répondre aux besoins des habitants face aux inégalités et à l’exploitation. Il a accepté de répondre aux questions du Matin D’Algérie.
[...] Ce que j’ai compris assez rapidement c’est que la précarité de l’emploi favorise l’exploitation. Les patrons se permettent tout, intimident, menacent, ils ne respectent rien, pour tirer le maximum de profit des jeunes travailleurs et les user prématurément. Mais lorsqu’on se retrouve dans des entreprises où les travailleurs sont unis, organisés, solidaires, comme sur le port par exemple, on apprend alors que les travailleurs peuvent être une force collective capable de se faire respecter, de créer un rapport de force, face à l’arbitraire patronal, et qu’il n’y a aucune résignation ni fatalisme.
C’est justement la conscience de cette force que représente la classe ouvrière quand elle est unie, que nous voulons redonner aux travailleurs. C’est le sens des candidatures ouvrières dans les élections pour dire que les travailleurs doivent reprendre confiance en leur propre force. C’est cette force collective des travailleurs, qui savent tout faire fonctionner et connaissent aussi les besoins de la population, qui permettrait de réorganiser la société sur de toutes autres bases que le profit de quelques-uns !
Le Matin d’Algérie : Vous décrivez Marseille comme l’une des villes les plus inégalitaires d’Europe. Quels sont, selon vous, les leviers prioritaires pour réduire ces inégalités à l’échelle municipale ?
Rémy Bazzali : Les meilleurs leviers, ce sont les travailleurs car ils sont les premiers à faire les frais des inégalités.
Les inégalités ont une cause commune : la guerre sociale que nous mène les capitalistes. L’économie est dirigée par les capitalistes et les conseils d’administration du CAC 40. Tout ce qui est produit est orienté uniquement en fonction des profits individuels pour enrichir les grands actionnaires. Rien n’est produit de manière rationnelle ni même en fonction des besoins des gens. Tous les choix politiques sont déterminés par la course aux profits. Elle se manifeste par une guerre sociale impitoyable contre les travailleurs et en définitive contre toute la société. Les capitalistes ferment les usines, jettent des milliers de salariés au chômage, ils créent la misère à un pôle de la société pour qu’une toute petite minorité s’enrichisse toujours plus. Et le pouvoir fait des lois, des réformes, uniquement pour soutenir cette logique. Alors, si on veut, non pas réduire mais éradiquer les inégalités, il faudrait avant tout interdire les licenciements, réquisitionner les entreprises en expropriant les capitalistes. À l’échelle d’une municipalité, on ne pourra pas imposer cela, mais par contre on pourra le dire, et se faire les portes-paroles de telles mesures.
Les travailleurs organisés pourraient agir dans tous les domaines, bien sûr l’emploi, les conditions de travail, voire les salaires, mais aussi le logement, les transports, l’approvisionnement, etc. En résumé, remettre en cause l’exploitation, la loi de la concurrence et du profit, permettrait de répondre rapidement à tous les besoins sociaux.
Le Matin d’Algérie : La proximité des tours de luxe et des quartiers précaires illustre un grand déséquilibre. Que proposez-vous concrètement pour le logement et l’urbanisme dans ces zones ?
Rémy Bazzali : Ce n’est pas une question d’urbanisme mais de choix économique. Les politiciens financent avant tout, avec l’argent public, les projets qui rapportent des fortunes aux grands groupes du béton. Les Bouygues, les Vinci, les Colas etc. Ce sont eux qui au final empochent le pactole. Par exemple, les Terrasses du Port n’ont pas développé ni plus de commerce à Marseille, ni plus d’emplois. Ça a juste vidé les rues commerçantes du centre au profit de ce grand centre commercial. Autre exemple : la gestion des tunnels à Marseille a été attribuée à Vinci sans aucune contrepartie. À l’origine, ces tunnels devaient être gratuits et bien non seulement ils sont de plus en plus chers mais en plus ça ne rapporte quasiment rien à la ville. D’un autre côté, il y a un tas de bailleurs sans scrupules qui profitent de la crise du logement en louant des taudis à des sommes astronomiques et qui ne sont même pas poursuivis. Il n’y a qu’à jeter un œil sur le résultat des procès pour le drame de la rue d’Aubagne. 8 pauvres sont morts, est-ce que cela a arrêté pour autant les marchands de sommeil de continuer à faire du fric sur la misère ? Absolument pas !
Par contre, les politiciens s’aplatissent devant le respect de la propriété privée en refusant de loger les sans-abris dans les appartements et locaux vides de la ville. Et il y en a des milliers !
La crise du logement est liée aux contradictions du capitalisme : les rois du béton veulent construire ce qui rapporte, donc pour ceux qui ont de l’argent (logements résidentiels ou bureaux pour les banques etc.) tandis que les salaires sont tirés vers le bas… Donc chaque fois que des logements à bon marché ont été construits, c’est quand l’État s’en est mêlé et a lui-même financé le logement dit social, ce qu’il ne fait plus depuis des décennies pour subventionner le privé !
Ce que nous disons, à Lutte Ouvrière, c’est que la seule issue à la crise du logement c’est que les travailleurs contrôlent eux-mêmes comment on construit et pourquoi on construit. L’argent public et les milliards des rois du béton devraient servir aux besoins des gens, pas à enrichir une minorité de parasites.
Le Matin d’Algérie : Vous affirmez que la violence et le trafic de drogue sont avant tout le produit de l’abandon social. Quelles politiques publiques spécifiques mettriez-vous en place pour y remédier ?
Rémy Bazzali : Les politiciens professionnels en ont fait un de leur thème de campagne, par démagogie, pour gagner des voix sur le terrain des idées nauséabondes de l’extrême droite. Mais aucun d’entre eux ne résoudra ce problème qui est indissociable de la crise capitaliste.
Les premiers touchés par le banditisme et le narcotrafic sont les travailleurs qui habitent dans les quartiers populaires. Les trafics sont un fléau pour la jeunesse abandonnée dans ces quartiers désertés depuis longtemps par les collectivités et l’État. Mais plus de caméras et plus de police ne résoudront pas l’insécurité ! Plus on s’enfonce dans la crise, plus il y aura d’insécurité. Parce que la cause du délabrement de la société c’est la pauvreté, le chômage, la précarité. Résoudre l’insécurité, ce serait embaucher et avoir les salaires qui permettent de vivre dignement !
Et les travailleurs ont la force sociale capable d’imposer ce genre de choix, mais à condition de renouer avec leurs objectifs de classe, c’est-à-dire s’attaquer aux véritables responsables de la crise, les capitalistes. Car ce sont eux les plus grands criminels, ceux en costume cravate qui siègent dans les conseils d’administration des grands groupes.
Le Matin d’Algérie : Quelle place accordez-vous à l’éducation et à la jeunesse dans votre programme ? Comment redonner de l’horizon aux jeunes des quartiers populaires ?
Rémy Bazzali : L’État fait des économies sur l’école comme sur les hôpitaux pour subventionner par centaines de milliards les grandes entreprises. La logique capitaliste c’est de réduire les budgets de l’éducation ou de la santé pour les profits des capitalistes. Et pour les classes populaires, les moyens d’une instruction correcte ne cessent de se dégrader. Il y a de moins en moins de moyens pour que les jeunes (et en premier lieu ceux des quartiers pauvres) s’instruisent dans de bonnes conditions avec des adultes, des professeurs, des AESH bien payés, des locaux dignes. Toute la société se dégrade pour enrichir une poignée de riches capitalistes.
Le seul horizon pour la jeunesse que je vois, il est politique et révolutionnaire. La jeunesse doit renouer avec les idées communistes révolutionnaires. Elle doit retrouver le chemin de la contestation de cet ordre capitaliste qui valorise l’individualisme, l’égoïsme, la débrouille, et le chacun pour soi. La jeunesse, dans certains pays, a montré qu’elle était capable de renverser des dictatures. Je suis aussi pour l’éducation de la révolte.
Le Matin d’Algérie : Vous parlez d’expropriation des grandes fortunes et de redistribution. Quels mécanismes municipaux pourraient concrètement permettre de limiter les inégalités économiques à Marseille ?
Rémy Bazzali : Il ne s’agit pas de redistribution, mais de tout prendre et en particulier prendre le contrôle de l’économie. Les travailleurs font tout fonctionner dans la société. C’est à eux de contrôler et décider de comment et pourquoi on travaille. Nous sommes la majorité de la société et pourtant on ne contrôle rien. Et d’autre part il ne s’agit pas uniquement de la fortune mais surtout de répartir le travail entre tous, pour que tout le monde puisse vivre dignement, en étant utile à la société. Car on vit vraiment dans une société folle où d’un côté il y a ceux qui sont au chômage et de l’autre ceux qui croulent sous le boulot. Alors oui, il faudrait répartir le travail entre tous en augmentant les salaires. Évidemment, un tel programme n’est pas réalisable à l’échelle d’une ville. Par contre, les travailleurs pourraient commencer à s’organiser, dans leurs quartiers, leurs usines, créer des comités avec ce genre d’objectifs en tête. Des élus révolutionnaires pourraient être alors leur point d’appui, leur porte-parole au sein de toutes les instances où ils seraient.
Le Matin d’Algérie : Vous dénoncez l’effondrement des services publics. Quels secteurs (santé, transports, culture…) sont prioritaires pour votre action ?
Rémy Bazzali : Tous, ils sont tous prioritaires. L’argent public doit cesser immédiatement de servir à financer les profits des milliardaires. Il y a au moins 270 milliards d’argent public, chaque année, qui sont distribués aux grands groupes capitalistes, sous forme de subventions et d’aides, en toute opacité. Cet argent devrait servir à la population, à la santé, l’éducation, à embaucher massivement dans tous les domaines utiles à la société.
Le Matin d’Algérie : Vous vous inscrivez dans une démarche communiste. Comment répondez-vous à ceux qui disent que ce modèle est dépassé ou irréaliste dans le contexte actuel ?
Rémy Bazzali : Le modèle actuel est celui du capitalisme. Si on veut s’en faire un portrait simple il n’y a qu’à regarder Trump : cynique, rapace, brutal et sans aucune limite. La guerre commerciale mondiale que se livrent les capitalistes entre eux, se transforme en guerre tout court.
Aujourd’hui le capitalisme entraîne toute l’humanité à la guerre et nous conduit dans un mur. Les États nous conditionnent à cette marche à la guerre, depuis l’école, en passant par France Travail, les médias etc. L’État en France a doublé son budget militaire en 10 ans et a encore ajouté 6.5 milliards en fin d’année. Certaines industries comme celle de l’automobile se convertissent pour construire des drones kamikaze. Le capitalisme pour survivre ne peut que plonger toute l’humanité dans la barbarie. La guerre c’est son ADN.
Alors s’il y a un système qui a fait la preuve de son propre échec c’est bien le capitalisme. Les idées communistes partent d’une idée qui est pourtant simple : les travailleurs font tout fonctionner dans la société, c’est à eux de la diriger, en fonction des besoins de l’humanité et selon ses capacités. Ces idées sont encore plus d’actualité qu’à l’époque de Marx !
Le Matin d’Algérie : Dans un conseil municipal dominé par des élus favorables au capitalisme et à la mondialisation, comment comptez-vous faire entendre votre voix et vos propositions ?
Rémy Bazzali : Nos élus utiliseront leur mandat pour être un point d’appui aux luttes du monde du travail. Ils pourront aussi rendre public toutes les magouilles qui se font habituellement dans l’opacité entre les politiciens et les grands patrons.
Le Matin d’Algérie : Si vous êtes élu, quelle serait votre première action concrète et symbolique pour montrer que Marseille peut devenir une ville plus juste et solidaire ?
Rémy Bazzali : Dans une municipalité, nos élus soutiendraient tout ce qui pousserait les travailleurs à s’organiser, à utiliser leur force collective, à comprendre qu’ils sont à la base de tout. Ils y dénonceraient les défaillances de l’État dans tous les domaines, le parasitisme de la bourgeoisie, en développant l’idée que les travailleurs doivent prendre les choses en main.
Nous encourageons les travailleurs à régler tous les problèmes de la société, les petits (le local) comme les grands (le général), car ils en ont la force, mais il faut qu’ils en aient conscience.
Entretien réalisé par Djamal Guettala
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